Suite de la biographie faite par les "experts" de Peter jackson.. bonne lecture XD (dvd "édition longue"de la communauté de l'anneau). C'est un mix de témoignages; tout le texte suivant n'est donc pas de moi.Le succès ne s'est pas démenti, sans doute parce que la trilogie aborde les thèmes fondamentaux de l'espèce humaine. Ces thèmes de Tolkien sont une autre façon de lui rendre hommage. Son oeuvre foisonne de tant de détails qu'on ne peut recréer l'univers du seigneur tel qu'il est écrit dans les livres. En revanche il est essentiel de transposer ces thèmes au cinéma parce que ce sont eux qui forment l'âme du livre. Et Tolkien était très attaché à ces thèmes.
(John Howe) :On a tendance a trop attendre de lui a des réponses qu'il ne voulait pas fournir. Et en même temps on simplifie à l'extrême ce qu'il a écrit.
(Peter Jackson): Tolkien était horrifié par les annalogies que l'on faisait entre son travail et l'époque. Il démentait tout lien entre ses romans et la 1ère guerre mondiale ou la montée d'Hitler. A mon sens il est déplacé de vouloir appliquer la pensée politique moderne à une histoire qui a été écrite il y a cinquante ans.
(Patrick Curry): On connaît l'aversion de Tolkien pour les allégories. Il affirme avec force dans la préface de la trilogie que ce n'est pas une allégorie:
"Ne cherchez aucun sens au message car je n'en ai mis aucun. Ce récit n'est ni allégorique ni d'actualité. Je déteste les allégories sous toutes leurs formes que je suis en âge de les reconnaître. Je prefère de loin l'histoire, réelle ou inventée. A chaque lecteur de faire le lien avec sa vie. Cette applicabilité n'est pas une allégorie. L'une réside dans la liberté du lecteur, tandis que l'autre n'est que domination de l'auteur. "
Quand il parle d'allégories il veut dire substitution d'un élément pour un autre, c'est à dire par exemple que l'anneau c'est le feu nucléaire. C'est ce genre d'explication simpliste qu'il cherchait à éviter à tout prix. Et son génie c'est en partie de ne pas avoir écrit un roman allégorique; c'est pourquoi de nouveaux lecteurs continuent d'y voir des sens liés à leurs vies grâce à cette notion d'applicabilité.
C hacun peut interpréter à sa façon ce qu'il lit en se basant sur sa propre expérience.
(P.Jackson): Le SdA montre bien qu'on peut être courageux sans avoir de courage.
(J.Howe) Je crois qu'il écrivait l'antithèse d'un roman commercial avec l'idée d'aller de l'avant, de garder l'espoir malgré tout. L'exemple le plus poignant, c'est celui des elfes qui combattent ce que galadriel appelle la longue défaite. Ils savent pertinemment depuis des centaines d'années qu'ils vont perdre, mais ils continuent le combat. ce courage, c'est aussi de résisiter même si on a aucun espoir.
(Viggo Mortensen) C'est dans les manoirs sombres qu'on ouvre les yeux...Lorsqu'on a touché le fond, quand tout est noir, que le sursaut se produit. On trouve en soi la force de gérer la situation, au moins de la resaisir.
Mettre l'accent sur le courage face à l'adversité est une notion païenne.Vous vous battez même si vous savez que vous allez perdre. Ce courage n'efface pas la peur.On ne peut ignorer qu'il y a quelque chose à craindre et qu'il faut surmonter sa peur pour l'affronter. Mesurer ses chances de succès est impossible quand on entreprend un tel voyage. C'est ce qui fait de Frodon un héros si intéressant. C'est un semi-homme, un Hobbit , il est tout petit face aux puissances colossales qu'il va affronter.
Frodon n'est pas seul. Sans l'héroïsme de ses compagnons il échouerait. Nos destins sont liés, on ne peut être héroïque tout seul.
Tolkien avait une vision pluraliste. Le SdA est une mosaïque de cultures. A l'opposée de ce pluralisme vous trouvez Mordor avec l'anneau unique. Un anneau pour les gouverner tous.
Je pense que Tolkien lui-même était pessimiste. Mais il y a de l'espoir dans ses livres. " l'espoir sans garantie" est une phrase de lui. C'est vraiment ce que ses livres proposent. Le désespoir appartient à ceux qui savent, sans aucun doute, ce que l'avenir leur réserve; or c'est impossible.
Théologiquement l'espoir est un péché mais aussi une erreur, parce que personne ne sait. Donc il y a toujours de l'espoir. Ce qui est intéressant dans l'histoire, c'est qu'ils ne sont pas sûrs de réussir. Pas même Galadriel qui dit "Je ne peux vous dire ce qui arrivera, car nul ne le sait". Plus qu'un combat entre le bien et le mal il s'agit de lutter pour les valeurs d'un monde et d'être prêt à donner sa vie pour elles.
Ces spectres, ou Ringwraiths, réinventent l'image du Mal. Comme Tolkien est philologue, son choix n'est pas anodin. "wraith" ou spectre s'apparente à d'autres mots, comme wrath la colère, wreath, qui est une volute, writhe, qui veut dire se tordre de convulsions. Tout ceci suggère l'idée qu'un spectre se définit par sa forme et non sa consistance. On sent la vacuité, le vide, qui habite les Cavaliers Noirs. Ils n'ont pas de vie propre. Ils dépendent totalement de l'Anneau Unique. Tolkien a une vision du mal intéressante, c'est une vacuité morale, une absence de vie indépendante.
C'est une idée très moderne. Les gens de la génération de Tolkien avaient du mal à identifier le mal sauf s'ils devaient le subir. Le plus étonnant, c'est que les agents du mal étaient des gens normaux. Et Tolkien savait, lui qui s'était battu, que son propre camp commettait des atrocités. Au XXe siècle, le mal est devenu très impersonnel, comme si personne ne voulait le faire. En fin de compte, ça a été le siècle des plus grandes atrocités. Commises par des bureaucrates. Ce sont eux, les cavaliers noirs. Ils se font happer par le mal. Ils ont perdu toute notion morale. Ils font ça comme un simple travail.
On commence avec de bonnes intentions et ça déraille. C'est une image très pertinente du mal, mais c'est très inquiétant. Ca signifie que " ça pourrait être moi".
Et même, si les circonstances s'y prêtent "ce sera moi". Quand j'entends que ces romans rejettent le monde réel je ne suis pas d'accord. Ils abordent un sujet que beaucoup aimeraient éviter.
L'anneau reste une énigme, ce qui est très bien pour l'histoire. au tout début, Gandalf demande à Frodon de lui donner l'anneau et Frodon a l'impression qu'il pèse une tonne, comme si Frodon ou l'anneau lui-même rechignaient à ce geste. Qui hésite, Frodon ou l'anneau?
Si c'est frodon, c'est un peu freudien; il ne veut pas le rendre, alors son inconscient rend l'Anneau très lourd. Là, la source du mal est interne. Mais ça peut être l'anneau qui se fait lourd. Dans ce cas, il représente une puissance extérieure qui peut vous tromper à votre insu.
Si la source du mal est extérieure et que tout le monde est digne de confiance, alors où est le problème? N'importe qui peut prendre l'Anneau. Mais ce' n'est pas le cas, on le voit sans cesse.
On ne peut croire personne car chacun porte en son coeur la possibilité de devenir un Cavalier Noir. L'Anneau a deux aspects. C'est une puissance extérieure à laquelle il faut résister et c'est aussi un amplificateur qui met l'accent sur nos problèmes et nos faiblesses. L'Anneau crée une dépendance, c'est certain. L'état qu'il provoque en a toutes les complexités. Plus personne n'est fiable. Les gents deviennent dépendants à l'attrait du pouvoir, c'est très clair.
Au départ ils veulent ce pouvoir pour faire le bien, mais ensuite ils s'yaccrochent, et les bonnes intentions s'évanouissent.
L'anneau a aussi un aspect contemporain à cause de son rapport avec la technologie.
Tolkien n'aimait pas du tout la technologie. Pour lui, l'invention la plus diabolique que la Terre ait porté était le moteur à explosion. La technologie est très puissante, très séduisante, très enivrante, la société en est de plus en plus dépendante, et quand la machine déraille, tout déraille. Tolkien respectait énormément l'environnement; la Terre du Milieu est un personnage en soi, autonome et subjectif. Il ne voyait pas du tout la nature comme une source de richesses qui devait se laisser piller.
Au cours de sa vie, la ville s'est beaucoup étendue, elle est devenue tentaculaire. La ville a énormément changé. C'est devenu peu à peu une ville d'un million d'habitants. Il l'a vue grignoter la colline. L'endroit où il vivait et qu'il avait vu luxuriant, bucolique et magnifique, a été absorbé par la ville industrielle. C'est un phénomène qui se poursuit en s'accélérant.Les choses vont de plus en plus vite. En ce sens, la pertinence du propos de Tolkien ne va qu'augmenter. Quand je lis ses livres j'y trouve une histoire intemporelle. C'est pour ça qu'elle est aussi accessible a un si large public.
(P.Jackson) En tant que réalisateurs ou scénaristes, nous n'avons aucun intérêt à en rajouter. On s'est contentés de prendre le travail de Tolkien et de mettre tous ces éléments dans le film. Ce doit être le film de Tolkien, pas le notre. "